La pédagogie Montessori

12/05/2018

Favoriser la confiance en soi, l'autonomie, tout en permettant à l'enfant d'évoluer à son propre rythme et en toute liberté. En quoi consiste cette méthode d'éducation qui se veut placer l'enfant au centre des apprentissages ? 

Maria Montessori, une pédagogue engagée et d'avant-garde.

Docteur en médecine, psychiatre, anthropologue, militante socialiste et féministe au début du XXe siècle, Maria Montessori fut précurseur dans l'observation et la compréhension de l'enfant. Parmi les premiers pédagogues à concevoir une science de l'éducation, elle élabore sa pédagogie tout au long de sa vie, évoluant en fonction de ses formations, voyages, rencontres mais surtout de ses observations d'enfants.

Maria Montessori nait en 1870 en Italie (Chiara valle). Fille unique, elle arrive avec ses parents à Rome à l'âge de 5 ans.

Son goût pour les sciences la pousse à entreprendre des études de médecine, pour lesquelles elle devra se battre, la faculté de Rome étant à l'époque réservée aux hommes. A 26 ans, elle devient une des premières femmes médecins en Italie et continuera à se former tout au long de sa vie, en suivant des licences en philosophie, psychologie et biologie.

Jeune femme engagée, elle participe activement à la campagne menée en faveur des droits politiques et sociaux des femmes et représente son pays au Congrès internationale pour les droits de la femme à Berlin en 1896.

En 1897, Maria Montessori obtient un poste dans la clinique psychiatrique de l'Université de Rome et côtoie des enfants et des adultes malades mentaux, internés dans des salles communes sans aucune activité. Cette situation déclenchera ses réflexions sur l'enfant, soutenant que les solutions ne sont pas nécessairement médicales et chimiques, mais plutôt éducatives. Au Congrès Pédagogique de Turin, en 1898, elle déclare : « les enfants déficients ne sont pas des hors la loi, ils ont des droits. Ils ont droit à tous les bienfaits de l'instruction. Nous devons permettre à ces malheureux de se réintégrer dans la société, de conquérir leur place et leur indépendance dans un monde civilisé retrouvant ainsi leur dignité d'être Humain. »

Les bases sont posées et lorsque la direction de l'école orthophrénique de Rome lui est confiée, ses recherches vont s'enraciner dans les pas de deux grands médecins-éducateurs français : Jean Itard et Edouard Seguin. Elle reprend et développe du matériel élaboré pour les déficients sensoriels (lettres rugueuses, etc.). Les enfants dont elle a la charge apprennent à lire et à écrire et réussissent les examens italiens au même titre que les autres élèves. Maria Montessori s'interroge alors sur les obstacles qui empêchent « les enfants sains et heureux des écoles ordinaires » à ne pas dépasser ses « malheureux élèves » lors de ces tests.

En 1907, dans la première « Casa dei Bambini » où elle prend en charge des enfants de 3 à 6 ans d'un quartier pauvre de Rome (San Lorenzo), Maria Montessori créera un véritable laboratoire de recherche pédagogique où elle ira de surprises en découvertes et de découvertes en élaboration de la « pédagogie Montessori » (environnement préparé, phénomène de l'attention, libre choix de l'activité, étalonnage du matériel autocorrectif, etc.).

Maria Montessori aura vécu les deux guerres mondiales du XXe siècle, qui lui ont fait fuir l'Italie pour aller vivre aux Etats-Unis, en Espagne, en Angleterre, aux Pays-Bas, en Inde, etc.

Partout où elle voyage, elle continue à observer les enfants, percevant leurs besoins fondamentaux et universels. Pour raconter ses découvertes, elle rédige de nombreux ouvrages, certains rentrant davantage dans la pratique, d'autres dans l'analyse pédagogique (Voir sa bibliographie).

En 1937, elle proposera la fondation du Parti Social de l'Enfant, convaincue qu'une véritable réforme éducative doit être engagée car la grande mission sociale consistant à assurer à l'enfant justice, harmonie et amour revient à l'éducation. Il s'agit selon elle de la seule façon de bâtir un monde nouveau et de construire la paix (lire la déclaration "Le citoyen oublié" écrit par Maria Montessori en 1947).

En 1949, Léon Blum lui remet la légion d'honneur.

Maria Montessori meurt en 1952, à l'âge de 81 ans, aux Pays-Bas.

La pédagogie dite "Montessori" est indissociable de la personne qu'était Maria Montessori, de son parcours professionnel et de ses expériences auprès des enfants. Cette pédagogie ne se résume pas à un ensemble d'outils et de techniques. C'est avant tout une philosophie, une manière de percevoir l'enfant en le considérant comme l'acteur de sa propre construction et sur laquelle repose toute la richesse de la démarche mise en œuvre par les éducateurs.
L'objectif de l'éducation est alors de permettre le développement et l'expression du potentiel de chaque enfant individuellement, grâce à un environnement approprié et au respect de sa personnalité.

Ainsi, l'essentiel de l'éducation Montessori repose sur le développement de l'être humain dans toutes ses dimensions : physique, sociale, intellectuelle et émotionnelle. N'ayant pas les mêmes besoins au même moment, un environnement approprié, qui respecte l'histoire de chaque enfant, sa personnalité et son rythme, lui permet d'être le maître de son propre développement à travers des expériences choisies.

L'environnement Montessori
Le concept « d'environnement préparé » est un concept complexe de la pédagogie Montessori. Il repose sur des aspects à la fois matériels, physiques et temporels, humains mais aussi sociaux, pensés pour encourager l'activité autonome de l'enfant. Maria Montessori écrivait que « la fonction du milieu n'est pas de former l'enfant mais de lui permettre de se révéler. » Cet environnement est préparé sous le faisceau des périodes sensibles, de façon à permettre le développement et l'expression du potentiel de chaque enfant qui y évolue. C'est un lieu d'humanisation, dont les contours et la portée dépassent largement ce que l'on appelle habituellement la salle de classe. 

Laisser le choix et le temps
Dans un environnement Montessori, afin que leurs besoins soient respectés, les enfants sont libres de choisir leurs activités, parmi une gamme de propositions qui a été pensée et prévue pour répondre aux enjeux des périodes sensibles. Cela encourage le développement de leur autonomie. La possibilité pour l'enfant de poursuivre l'activité aussi longtemps qu'il le souhaite lui permet de satisfaire ses intérêts profonds et offre le temps nécessaire à la construction de l'intelligence, selon son propre rythme. Ce temps mis à la disposition des enfants leur permet de trouver le chemin vers la concentration, donc vers eux-mêmes, chemin qui les mènera vers les autres. Matinée et après-midi offrent donc chacun deux heures et demie à trois heures d'activité autonome (activités individuelles ou en groupe pour les plus grands).

Les activités et le matériel servent la construction de l'enfant
Le matériel Montessori constitue des aides au développement pour l'enfant, sa fonction principale étant de lui permettre d'explorer le monde, de s'en saisir et de se construire.

Les activités sont divisées en quatre aires matérielles : vie pratique, sensorielle, langage, et mathématiques. Le matériel qui les compose offre à l'enfant un contrôle de l'erreur visible et tangible pour permettre l'autocorrection : l'enfant peut mesurer seul s'il a convenablement mené une activité à son terme. En se corrigeant lui-même, il devient indépendant de l'adulte, peut répéter l'activité à son rythme et développer peu à peu sa capacité de concentration.

Ce matériel permet ainsi à l'enfant de passer du simple au complexe, du concret à l'abstrait, sans avoir recours à l'appréciation de l'éducateur. Celui-ci adopte une démarche semblable à celle du scientifique : il procède par tâtonnement, par une succession d'essais et d'erreurs, l'incitant à de nouvelles recherches et à toujours plus d'exactitude avant de découvrir par lui-même la généralité. L'enfant n'a alors plus besoin du matériel comme support : il est passé du domaine de l'expérience à celui de la pensée.

Pour favoriser l'activité spontanée et l'autonomie, les objets sont adaptés à la taille et à la force de l'enfant, lui permettant de les déplacer, de les manier sans l'aide de l'adulte. Ils sont attrayants par la matière, la couleur et l'harmonie des formes, ils sollicitent la curiosité et l'invitent à explorer, à les manipuler selon ses goûts et ses intérêts immédiats.

Cependant, la possibilité de maintenir avec intérêt l'attention de l'enfant ne dépend pas tant de la qualité des objets que des buts et de l'intérêt qu'offre l'activité.

L'éducateur comme lien entre l'environnement et l'enfant
L'éducateur, et les adultes qui interagissent avec l'enfant, le guident sur le chemin de ses apprentissages, de sa construction et lui permettent de faire ses propres expériences. Ils interviennent avec justesse et discrétion, développant ainsi la confiance de l'enfant en ses capacités et instaurant un climat de confiance, de joie, de liberté et de respect mutuel. La connaissance théorique de l'enfant, complétée par l'observation, les aident à savoir quand leur intervention est réellement utile et justifiée.

Pour répondre aux périodes sensibles et aux besoins réels, l'éducateur doit être capable d'appréhender l'enfant là où il en est, et d'avoir en permanence un regard nouveau sur lui, notamment grâce à un travail en équipe pédagogique.

Grâce à des présentation individuelles du matériel, éducateur et enfant vivent des moments privilégiés, où l'attention portée à l'enfant et l'adaptation à sa personnalité sont optimales.

Ainsi, pour Maria Montessori, devenir éducateur, ce n'est pas simplement acquérir des connaissances pratiques, c'est aussi et surtout développer certaines dispositions à être avec l'enfant (observation, vision positive de l'enfant, auto-examen) : « Son devoir, toutefois actif, peut s'apprendre clairement et facilement : être l'entité qui met l'enfant en rapport avec son réactif. [L'éducateur] doit savoir choisir l'objet et le présenter de façon à susciter l'intérêt de l'enfant. »